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2020 - Année internationale du personnel infirmier et des sages-femmes

Olaf Schulz:

Spécialiste en qualité de vie

Olaf Schulz a trouvé sa vocation dans les soins palliatifs et élu domicile à Lucerne. Le destin des patientes et patients qu’il accompagne dans le district de Knonau pour le compte de Palliaviva le touche et lui rappelle la chance qu’il a. (Par Sabine Arnold)

2020 - Année internationale du personnel infirmier et des sages-femmes

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) à Genève a décidé de faire de 2020 l’Année internationale du personnel infirmier et des sages-femmes. Cette année est également marquée par le 200e anniversaire de la naissance de Florence Nightingale.

L’objectif est de faire la lumière sur trois aspects essentiels: bien former le personnel soignant, investir dans les stratégies de recrutement et de fidélisation du personnel et éliminer les obstacles dans le cadre de la promotion du rôle progressiste du personnel infirmier.

Pour les soins palliatifs aussi, le personnel infirmier joue un rôle déterminant dans la prestation de services de santé : car sans soins, il n'y a pas de soins palliatifs. Ainsi, tout au long de l’année 2020, palliative ch publiera douze portraits de professionnels de soin qui décrivent leurs motivations et leur engagement.

«Combien de temps me reste-t-il à vivre?» demande Markus von der Crone pour la énième fois. Olaf Schulz, infirmier diplômé spécialisé en soins palliatifs, qui travaille depuis cinq ans pour Palliaviva, révèle en souriant que c’est la seule question à laquelle il ne peut malheureusement pas répondre. Parfois, en guise de plaisanterie, il sort son téléphone portable et dit: «attendez, je vérifie...». Il ne peut toutefois pas se permettre ce type de blague avec n’importe quel patiente ou patient. Il sait exactement qui tolère ou non ce genre de remarques.

Dans le cadre de son travail au sein du service mobile spécialisé en soins palliatifs, l’infirmier de 49 ans couvre le district zurichois de Knonau. Autrement dit, lui et sa collègue sont responsables du district d’Affoltern. D’ailleurs, il connaît cette verte vallée à la pointe sud-ouest du canton comme sa poche. Olaf Schulz dispose d’un bureau au centre d’Aide et soins à domicile d’Obfeldner. C’est là que démarre en général son service après une mise au point avec la responsable du centre. Il fut le premier à régionaliser les soins palliatifs pour le compte de Palliaviva, anciennement Onko Plus. C’est ainsi que les services spécialisés en soins palliatifs ont commencé à progresser vers les régions. Grâce à la proximité des fournisseurs de premier recours, à savoir les services d’aide et soins à domicile locaux, les médecins de famille ainsi que les hôpitaux régionaux, les patientes et patients bénéficient d’un traitement et d’un accompagnement encore plus étroits et par conséquent plus efficaces.

Écouter de la musique, admirer les montagnes

Olaf Schulz fait toujours preuve d’assurance et porte en général une chemise ou un polo et des chaussures basses soignées. Ce matin-là, il fait chaud sur la terrasse de Markus von der Crone, et l’infirmier porte des sandales, mais cela n’enlève rien à son professionnalisme. Son patient l’apprécie pour ses connaissances techniques. «Il connaît précisément l’effet de chaque médicament, et je peux aussi aborder avec lui des questions d’ordre psychologique. Puisque j’ai affaire presque exclusivement à lui, nous avons pu établir une véritable relation de confiance.»

Markus von der Crone souffre d’un cancer du pancréas. Il est très maigre, mais semble plutôt agile. Ses yeux bleus scintillent. Il est assis tout au bord de la chaise, comme s’il allait bondir d’un coup. Mais pour ça, il n’a plus assez de force. Il passe la plupart de son temps sur sa terrasse, écoute de la musique classique avec des écouteurs et admire le mont Pilate. «Il savoure ces moments, mais parfois, quand il s’impatiente, je dois le lui rappeler», explique Olaf Schulz plus tard dans la voiture. Ses visites hebdomadaires apportent un certain calme dans le cadre de la prise en charge à domicile. Elles offrent aussi plus de sécurité à l’épouse de Markus von der Crone, qui s’occupe seule de son mari. À chacun de ses passages, Olaf Schulz ne manque pas de lui demander comment elle va. Si elle devait se sentir dépassée, il serait en mesure de mettre en place un scénario à court ou à moyen terme. À court terme, le patient pourrait entrer à la «Villa», l’unité de soins palliatifs de l’hôpital d’Affoltern, le temps que la situation se stabilise. À moyen terme, en revanche, l’Aide et soins à domicile ou un autre service pourrait soulager Madame von der Crone de manière continue.

Une implication émotionnelle accrue

Avant de rejoindre Palliaviva, Olaf Schulz a travaillé pendant deux ans à la «Villa», et avant cela pendant plus de dix ans à l’hôpital cantonal de Lucerne. Bien qu’il ait accompagné davantage de patientes et patients en phase terminale dans le cadre de son travail stationnaire, il affirme qu’il était souvent moins impliqué émotionnellement. Cela est dû au fait que, chez Palliaviva, il accompagne ses clients sur une plus longue période et à domicile. «Lorsqu’ils se confient à moi, ce n’est pas forcé, mais totalement volontaire.» L’infirmier leur laisse tout le temps qu’il faut. Les questions difficiles peuvent être abordées sur plusieurs visites, petit à petit.

Olaf Schulz a grandi en périphérie de Berlin-Est. À la chute du mur, il avait 19 ans et exerçait le métier de carreleur. Parce qu’il a refusé le service militaire, il a dû faire son service civil dans un home pour personnes âgées. «J’y ai découvert que je trouvais les gens plus passionnants que le carrelage», dit-il en souriant. Il a de la répartie et possède un humour pince-sans-rire. À l’âge de 26 ans, il a suivi une formation d’infirmier. En parallèle, il gagnait sa vie sur les chantiers. Durant son temps libre, il rénovait avec des amis une maison dans le quartier de Prenzlauer Berg, qu’ils possèdent d’ailleurs encore aujourd’hui. En moyenne, il travaillait 100 heures par semaine. «Ce n’était pas sain.»

C’est une Suissesse qui l’a «sauvé»: Olaf Schulz a fait sa connaissance lors d’une fête chez des amis et l’a suivie il y a près de vingt ans en Suisse. Elle avait des enfants âgés alors de trois et neuf ans. Aujourd’hui, il en parle comme s’ils étaient les siens. Eux aussi l’ont fait mûrir. Sa vie avait changé subitement et il se trouvait désormais dans le «groove familial».

Après son arrivée en Suisse, il y a aussi trouvé sa vocation professionnelle. Il a notamment travaillé dans le service d’oncologie de l’hôpital cantonal de Lucerne. «À l’époque, les soins palliatifs n’en étaient qu’à leurs débuts en Suisse centrale.» Olaf Schulz était présent lorsque cette spécialisation a été introduite à l’hôpital et il a contribué à la mise en place du service mobile extra-hospitalier de soins palliatifs à Lucerne.

Retour sur les bancs d’école

Ce qu’il apprécie dans les soins palliatifs, c’est le fait qu’ils abordent des questions que la médecine ne pose pas en général comme accepte-t-on la souffrance inutile en fin de vie? Vaut-il la peine de poursuivre le traitement jusqu’à la fin? De plus, il apprécie la gestion holistique des patientes et patients et la définition d’autres priorités, telles que la qualité de vie.

Olaf Schulz a suivi une multitude de formations continues sur le sujet, mais rien de concluant. C’est donc bon gré mal gré qu’il a repris des études. Après avoir été exonéré de certains modules, il a obtenu en 2019 son master en soins palliatifs.

Après la pause de midi, le collaborateur de Palliaviva se rend dans une ferme au pied de l’Üetliberg, pleine de charme, aux poutres apparentes et avec cheminée ouverte. Un homme, lui-même dans la soixantaine, a accueilli chez lui son père âgé de plus de 90 ans afin qu’il puisse finir sa vie chez lui. Ce patient très âgé souffre d’une insuffisance cardiaque, est alité, respire bruyamment et n’est plus capable de communiquer. À l’hôpital, une perfusion lui a été posée. Olaf Schulz demande pourquoi il est encore hydraté et finit par enlever la perfusion. Plus tard, assis à table dans la salle à manger, il explique au fils et à la belle-fille du patient qu’il est préférable d’opter pour un spray buccal ou d’humecter les lèvres pour apaiser la sensation de soif. Administrer du liquide par voie intraveineuse n’apaise pas la soif. En revanche, le liquide peut s’accumuler dans les poumons et, dans le pire des cas, entraver la respiration.

«Je ne suis pas médecin»

Lorsqu’il arrive quelque part, Olaf Schulz est souvent pris pour le «docteur». Cela car il est le seul homme présent mais aussi parce qu’il fait preuve d’assurance et d’une grande compétence. Il rectifie toutefois cette erreur sans attendre, l’infirmier ne souffrant aucunement d’un complexe d’infériorité. Il dénonce dans le même temps la fainéantise et le minimalisme, selon lui très répandus au sein du personnel infirmier. Lorsqu’il a affaire à des médecins de famille, il propose toujours des suggestions et des arguments concrets. Commencer une phrase par «j’ai l’impression que...» n’est certainement pas la bonne façon de faire.

Face à ses patients et à leurs proches, Olaf Schulz fait toujours preuve de pragmatisme. «Les soins palliatifs attirent beaucoup de gens sensibles qui, en réalité, ne ressentent rien. Je trouve ça dangereux.» Malgré son réalisme, il est sensible et il lui arrive d’avoir les larmes aux yeux dans les moments de tristesse. En général, il garde toutefois le silence. «Je suis certain que ma compassion est ressentie.»

Dans le cercle familial

Après sa visite à la ferme alpestre, Olaf Schulz conclut qu’il n’est pas nécessaire d’intervenir davantage. Le processus de fin de vie de cet homme est déjà avancé et il est bien entouré, notamment de son fils et de la compagne de ce dernier, qui ont tous deux de l’expérience dans la prise en charge d’une personne en fin de vie. De plus, l’Aide et soins à domicile se rend chez lui trois fois par jour. Le même jour, environ une heure après la dernière visite de celle-ci, l’homme décède paisiblement, au milieu des siens.

Olaf Schulz est assis au bord du lac Türlersee, les pieds dans l’eau. Sa vie a beaucoup changé depuis qu’il est infirmier spécialisé en soins palliatifs, dit-il. Pour lui, qualité de vie signifie passer du temps avec sa femme et sa famille, avoir du temps pour lui, pour faire du vélo ou randonner dans la nature. Parallèlement à ses activités de détente, il a aussi appris à prendre davantage conscience de sa chance: «J’ai ma famille, je ne suis pas malade, je n’ai pas de soucis financiers. Cela n’a pas de prix.»

Ce texte est paru en été 2018 dans le blog de Palliaviva et a été mis à jour pour la présente publication.